Protéger les données personnelles, accompagner l'innovation, préserver les libertés individuelles

Contenu

Vie privée 2020

Vie privée, libertés, vie privée, données personnelles à l’horizon 2020 : quelles transformations, quels enjeux et quelle régulation ?

Chercheurs, universitaires, professionnels du droit et représentants d'associations se sont réunis le 30 novembre à l'occasion de la première journée d'études organisée par la CNIL. Cette journée a constitué le point de départ d'une réflexion prospective concertée afin de contribuer à construire, ensemble, le cadre éthique de l'univers numérique de demain.

La révolution du web social : demain, tous des «peoples» ?

Le web social permet à chacun de s’exprimer, de devenir une « personne publique » mais suscite par la même occasion des interrogations récurrentes quant à la préservation de la vie privée. Quels sont vraiment les moteurs du dévoilement de soi, que veut-il dire ? Au-delà, quel rapport à la société, au pouvoir, aux institutions cela révèle-t-il ? Sait-on ou non maîtriser sa « vie publique » ? Préserver sa part d’intime, de secret ? Coder ou être codés : comment éviter de nouvelles fractures numériques ? Va-t-on vers le tous connectés ? Le tous géolocalisés ? Dans le web social, où sont les vrais risques ? Quel sens peut avoir la protection des données ? Surveillance latérale : les Autres (le « Big other ») forment-ils une nouvelle forme de surveillance ? Faut-il inventer une régulation du regardeur ? Quel impact sur les formes de mobilisation et d’action collective ?

Ont participé à cette table ronde :

  • Dominique Cardon, sociologue au Laboratoire des usages SENSE d'Orange Labs, chercheur associé au Centre d'étude des mouvements sociaux de l'École des Hautes Études en Sciences sociales (CEMS/EHESS) et membre du comité de la prospective de la CNIL ;
  • Antonio Casilli, sociologue et maître de conférences en « Digital Humanities » à Telecom ParisTech et chercheur associé en sociologie au Centre Edgar Morin (EHESS, Paris) ;
  • Olivier Iteanu, avocat à la Cour d'appel de Paris et chargé d'enseignement en droit du numérique aux universités de Paris XI et Paris I ;
  • Christine Balagué, titulaire de la Chaire réseaux sociaux à l'Institut Mines-Telecom et co-présidente du think tank Renaissance Numérique

La "dictature" des algorithmes : demain, tous calculés ?

Autrefois réservés à des acteurs puissants et à des bases de données structurées et limitées, le data mining et les data sciences semblent investir l’ensemble des activités économiques et des services. La quantité exponentielle de données désormais disponibles, pour beaucoup issues du web social, et le cloud « démocratisent » l’accès à ces traitements de masse et offrent, grâce à des algorithmes toujours plus poussés, des profilages de plus en plus individualisés et des analyses prédictives des comportements.  Comment sommes nous « calculés » par ces systèmes, quelles sont les logiques qui les sous tendent ? Peut-on et comment les contester ? Quelles sont les voies de recours possibles ? Ces questions entrent en résonance avec les principes clés de la protection des données : la notion même de donnée personnelle, les principes de proportionnalité et de finalité, le respect des droits des personnes.

Ont participé à cette table ronde :

  • Daniel Le Métayer, directeur de recherche Inria et responsable de l’Inria Project Lab CAPPRIS sur la protection de la vie privée ;
  • Dominique Boullier, professeur en sociologie et coordonnateur scientifique du Médialab à Sciences Po Paris ;
  • Antoinette Rouvroy, chercheur qualifié du FRS-FNRS en philosophie du droit, associée au Centre de Recherche en Information, Droit et Société (CRIDS) de l’Université de Namur et membre du comité de la prospective de la CNIL;
  • Emmanuel Kessous, professeur en sociologie à l'Université de Sophia-Antipolis.

La donnée au cœur des modèles d’affaires : demain, tous traders de données ?

La donnée est au cœur des modèles d’affaires du numérique, à tel point qu'on la compare souvent au pétrole. Mais peut-on vraiment croire à l’idée d’un « marché » des données personnelles ? Faut-il le craindre ou l'espérer ? La solution passe-t-elle par la création d’un droit de propriété sur les données personnelles ? Si un marché existe, le partage de la valeur peut il évoluer ? Quelle est et quelle sera la nature des échanges entre services et données ? Des acteurs peuvent ils demain aider le client à traiter à armes égales avec les entreprises (VRM, personal data stores, …) ? La protection des données personnelles, plutôt aujourd'hui synonyme de contraintes pour les entreprises, peut-elle devenir demain source d’activité économique, d’avantage concurrentiel et d’innovation par exemple en sécurité informatique ? 

Ont participé à cette table ronde :

  • Fabrice Rochelandet, professeur en sciences de la communication à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris III et au sein du master « Industries de Réseau et Économie Numérique » (IREN) à l’Université Paris Sud ;
  • Caroline Lancelot-Miltgen, maître de conférences en Sciences de Gestion à l’Université d’Angers ;
  • Alain Bensoussan, avocat à la Cour d'appel de Paris et chargé d’enseignement en droit de l'informatique à l'Ecole Centrale de Paris ;
  • Daniel Kaplan, cofondateur et délégué général de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING).

Demain, quelle régulation pour les données personnelles ?

A en croire le discours général ambiant, l’objectif principal de la protection des données personnelles serait la préservation de la vie privée. Le concept, culturellement dominant aux Etats-Unis, de privacy prend, en effet, de plus en plus de place dans les réflexions européennes. Et les libertés ? Notre mode de régulation est-il efficace ? Droit et innovation sont généralement opposés, ou du moins mis face à face. Ne peut-on pour autant imaginer une innovation juridique qui ouvre des portes vers de nouveaux modes de régulation, adaptés au monde numérique de demain ? Comment les autorités de protection des données peuvent-elles se positionner demain ? Comment favoriser l’émergence d’une société civile numérique ? Faut-il tracer de nouvelles lignes rouges ? Faut-il reconnaître de nouveaux droits ?

Ont participé à cette table ronde :

  • Philippe Lemoine, PDG de LaSer, président de la FING et du Forum d’Action Modernités ;
  • Jean Frayssinet, professeur émérite des universités à la Faculté de Droit de l’Université Aix-Marseille.
  • Meryem Marzouki, chargée de recherche au CNRS au laboratoire d’informatique de Paris VI et présidente d’« Imaginons un réseau Internet solidaire » (IRIS) ;
  • Alain Rallet, directeur du laboratoire Analyse des Dynamiques Industrielles et Sociales (ADIS) de l’Université Paris Sud et directeur du Master IREN ;
  • Jean-Marc Manach, journaliste à Owni.fr et InternetActu.net ;